Nous « grèvons » ! C’est ce que me répond une bande d’étudiants à Abidjan (Côte d’Ivoire).
-Pourquoi « grèvez » vous ?

-Nous voulons que la Faculté remonte les notes des examens de fin d’Année. La revendication se comprend : se faire coller entraine la perte de la bourse.

Les histoires de grèves sont innombrables.

Sous la quatrième République l’unité de temps d’une grève était le mois. Le gouvernement envoyait des camions militaires pour remplacer métro et autobus. Les militaires obligeants hissaient et descendaient les passagers. De temps en temps les travailleurs indignés se heurtaient aux CRS, corps paramilitaire crée à cet effet 5les soldats n’étaient pas fiables).

Les motifs des grèves étaient variés : professionnels, politiques. Après quelques semaines le gouvernement négociait et payait, ce qui ne coutait pas cher, car l’inflation absorbait rapidement les augmentations accordées. En revanche les avantages non monétaires demeuraient, ce qui finalement était bien plus couteux.

Il y eut une fois (1952) une grève extravagante. Nul n’en a compris la cause. Probablement un faux bruit de réduction de salaires. C’était en plein été. Tout était bloqué trains, métros, radio, poste, téléphone (c’était le temps du téléphone manuel : « Bonjour Mademoiselle, je voudrais parler au 12 à Mennetou »). La seule chose qui marchait était la presse. Les journaux avaient ouvert une messagerie gratuite et les journaux étaient distribués par camions. Il y avait des pages de missives. On pouvait lire dans le Figaro des messages tels que « Papa Maman, Il fait beau, on mange bien, à la colonie de vacances tout va bien ». La grève dura près de deux mois. Les chefs syndicaux étaient en vacances. En plus, en l’absence de revendication, le gouvernement ne savait quoi donner. Finalement la lassitude assortie d’une augmentation de salaires mit fin à la folie.