Au début des années, 50 à 14 ans, j’étais scout. Ou plus exactement Eclaireur Unioniste, car c’était le nom des scouts protestants. Rattaché à la Paroisse de la Rue Madame (6e arrondissement). Le local était situé rue Jean Bart, au dos du temple. L’activité scoute se partage en 2 chapitres : les camps et le quotidien. Les camps ont lieu aux vacances scolaires Pâques et Juillet. Le quotidien se déroulait les jeudis et dimanches (le jeudi était le jour de congé scolaire, ce qu’est actuellement le mercredi). Nous nous réunissons au local par « patrouilles » qui sont des groupes de 6 ou 7 avec un chef, un second et des patrouillards. On parle, on joue et on prépare nos activités. Ce jour de décembre, nous allons fêter Noël chez les pauvres. Une prestation que nous répétons depuis la rentrée d’octobre.
Les pauvres, ce jour-là habitent aux Halles. Un quartier qui a beaucoup changé. A cette époque la laideur était différente de celle d’aujourd’hui. Pas de bobos, pas de loubards, mais le peuple laborieux qui nourrit la ville. Le travail se passe la nuit. La journée est consacrée à l’évacuation des immondices de la veille.
Nos pauvres habitent dans un immeuble de qualité moyenne desservi par un escalier escarpé, « bien parisien » ; 3 ou 4 pièces très propres meublées modestement, mais tout sent la cire. En ce temps-là il n’y avait ni formica ni Ikea. Au salon, au-dessus de la cheminée, deux épées croisées avec des lames de verre. Aux murs des scènes de la forêt, biches et lapins brodés sur des canevas du commerce. Et au milieu les « pauvres », bien propres, souriants.
Nous déroulons notre programme : une petite pièce de théâtre à l’humour un peu laborieux (une histoire de gendarmes). Distribution de bonbons et puis pour chacun un cadeau. Fin de la séance, nous rentrons, satisfaits. Par souci d’économie, je rentre à pieds. Nous habitons rue Royer Collard dans le 5e à l’Hôtel du Luxembourg. Une chambre de 15m2 coupée en deux par une cloison.

On dîne : paupiettes de porc (il n’y a pas moins cher). Et comme dessert 5 dattes par personne. « Donnes en une de plus à l’enfant dit mon père à ma mère ». « Qu’avez-vous fait aux scouts cet après midi ? » « Nous sommes allés chez les pauvres. »