Plus encore que pour les autres chapitres, celui-ci est empreint d’une grande subjectivité. Ce chapitre est bien long. Il se termine en 2007.

La période que j’ai vécue a été une de celles où la politique internationale, comme la politique intérieure des Etats a lourdement pesé sur les destins individuels. Cela a été mon cas, ce qui explique, que, dès le jeune âge, j’ai suivi la politique avec plus de passion que le football ou le Tour de France. J’ai commencé à lire Le Monde vers 1948.

Politique en culottes courtes

Mes parents, du fait de leur formation française étaient pro-occidentaux, pro-démocratie et antinazis. Une exception dans la Bulgarie des années 30. Habitants d’un pays vaincu à la guerre 14, démembré et humilié, le plupart des bulgares sont pro-allemands. Ainsi est ma grand-mère Milana. De 4 à 7 ans, sous son influence, je suis pro-allemand. Je lis Signal, le périodique de l’armée allemande et je dessine des Messerschmitt sur mon cahier. Mais à 7 ans, je suis éloigné de mon inspiratrice et je deviens pro-allié comme mes parents. Je pointe sur la carte, avec des épingles, la progression des Alliés en Normandie. Le 9 septembre 1944, j’agite un drapeau soviétique au passage des « Libérateurs Russes ». Ensuite, bien influencé par mes parents, j’observe la marche du pays vers le communisme. Le processus a été bien décrit par Anne Apfelbaum. On commence par faire un « Front Populaire » avec des partis non ouvertement communistes, puis on prend méthodiquement possession de toute l’activité sociale, depuis les Eglises jusqu’aux sociétés de pèche à la ligne. Initialement il y a une opposition : le parti agrarien (la Bulgarie : 95% de paysans). Les communistes provoquent une scission dans le parti. Un beau jour, la paix est signée avec les puissances occidentales. Finie la comédie. On pend le chef de l’opposition, Nicolas Petkov, et le Goulag ouvre ses portes.

Quand mes parents partent pour la France, ils ne me disent pas leur intention d’émigrer, mais par mille signes j’ai compris que notre voyage est sans retour.

La Guerre Froide

Arrivé en France, je me mets à lire Le Monde pour suivre la politique. Deux chapitres bien distincts. Au début, seule la politique internationale me concerne. Il y va de notre avenir immédiat. La guerre froide s’installe mais on craint la guerre tout court. Le Général De Gaulle déclare : les Russes sont à deux étapes du Tour de France de notre frontière. Le gouvernement Français n’est pas brillant. Le chef du quai d’Orsay est un minus alcoolique Georges Bidault. La France dépend du bon vouloir des Américains. Justement, qui dirige là bas ? En 1945 Roosevelt fraichement réélu meurt. Son successeur est le Vice-Président Truman est un inconnu (c’est souvent le cas, pour les Vice-Présidents). Truman se révèle intelligent et énergique. Il a l’exclusivité de la bombe atomique. Il organise la résistance aux soviétiques. A la fin de la guerre 40, les alliés occidentaux ont ralenti leur avance en Allemagne pour permettre aux Russes d’avoir une part de terrain plus grande. Les imbéciles. Berlin, occupée par les 4 belligérants est un îlot occidental en plein milieu de la zone soviétique. En 1948, les Russes bloquent l’accès de la ville (3 millions d’habitants). C’est le moment de vérité. Truman ne cède pas et on organise un pont aérien fantastique. Toutes les 90 secondes un avion se pose à l’aéroport de Tempelhof. On transporte le charbon, la farine, le ciment etc. Après plus d’un an, les soviétiques, déçus, lèvent le blocus. A Paris rue Royer Collard, nous soufflons. En 1949 les Russes, grâce à leurs espions ont la bombe atomique et la bombe à hydrogène. Le ton monte. Le 25 juin 1950, la Corée du Nord Communiste attaque la Corée du Sud que les Américains étaient en train d’évacuer. Communistes et associés prétendent que c’est le Sud qui agresse le Nord, mais même Le Monde (de mauvaise grâce) ne mord pas dans le bobard. De nouveau, c’est l’épreuve de force. Pour nous, c’est une nouvelle bouffée d’angoisse. Si la guerre explose, les armées occidentales ne feront pas le poids. Il faut donc fuir. Notre place est retenue sur un bateau qui partira en cas d’invasion. Truman tient bon, la contrattaque s’organise en Corée. Je ne fais pas l’histoire de la guerre qui se terminera en juillet 1953 par un armistice qui fixe le statu quo. Nouvelle et dernière peur : les élections présidentielles USA de 1952. Truman a terminé ses mandats. Le candidat désigné des démocrates est Adlaï Stevenson, un avocat qui fait le malin en minimisant le danger communise et en envisageant un deal avec les Russes. Une bouffée d’isolationnisme. Par bonheur c’est le candidat Républicain le Général Eisenhower qui sera élu. L’ancien commandant de armées Alliées de l’Ouest sait à quoi s’en tenir avec les Russes. Nous avons suivi l’élection à la radio. Hourra ! Nos inquiétudes sont finies. Nous sommes confiants au point que nous ne percevrons pas immédiatement la gravité de la crise des fusées en 1962. Pour moi grâce à la dissuasion nucléaire, le conflit est stabilisé. J’avais tort. La lecture des différents souvenirs nous montre qu’à plusieurs reprises, la guerre atomique a failli éclater. C’est grâce à la sagesse de différents chefs de guerre, souvent sur le terrain, tant Russes qu’Américains, que personne n’a appuyé sur le bouton rouge. A l’Est cela ne bouge pas. L’échec sanglant de la Révolution Hongroise en 1956 et du soulèvement Tchèque en 1968, tout comme le ressenti de mes voyages en Bulgarie m’avaient persuadé que je ne verrais pas la fin du communisme. Il y avait même des « politologues », peut être stipendiés, qui proposaient la théorie de la convergence : l’Est se libéralise et s’enrichit, l’Ouest se socialise. Tout cela vole en éclats à partir des années 1980. La crise économique touche durement les Russes. La politique étrangère molle de Giscard (un imbécile en politique étrangère contrairement à Mitterrand) est molle. A l’inverse le Président Reagan, puis son élève Bush Père tapent dur sur les Russes. Un de mes amis un vieux lithuanien qui est analyste pour une grande firme (il lit tous les journaux soviétiques) me dit : « L’URSS est fichue » ; tous les journaux de la province russe regorgent d’articles qui protestent contre les pénuries et mettent en cause la corruption du parti communiste. Je ne m’en étais pas aperçu, mais la chute du Mur, puis le crash de l’URSS nous le confirment. C’est l’économie et non la soif de démocratie qui a fait tomber l’édifice. Je raconterai ailleurs la chute du communisme en Bulgarie.

La Quatrième République

Au fur et à mesure que la situation internationale se stabilise, je m’installe dans mon identité française et je me tourne vers la politique intérieure. Elle est catastrophique. Le pays est gouverné par des coalitions mouvantes de centristes. A gauche le parti communiste est puissant, monolithique, prosoviétique. Par des grèves dures, il a tenté de renverser le régime. En 1947 une grève des mineurs, très dure, fait couler le sang. Le ministre de l’Intérieur, Jules Moch tient bon et crée les CRS (Compagnies Républicaines de Sécurité) qui sont une armée fiable. L’URSS soutient le régime français en interdisant aux communises français toute action séditieuse efficace. A droite De Gaulle a crée un parti, le RPF qui avoisine 30% des électeurs, au centre : le MRP (les chrétiens démocrates), les socialistes, les radicaux et quelques autres petits partis (dont l’UDSR, le parti de Mitterrand) ont mis au point une loi électorale scandaleusement injuste qui empêche les gaullistes de gagner. Les partis du centre se partagent le pouvoir, mais se déchirent, d’où des crises ministérielles tous les 6 mois. On fait tomber les gouvernements pour des broutilles, en fait pour satisfaire les ambitions ministérielles des uns et des autres. Pour la population, c’est le dégout, et l’on voit apparaître en 1956 le premier mouvement populiste : les poujadistes (du nom de son chef, Pierre Poujade).

Décolonisation

Bientôt la question coloniale vient au premier plan. La France possède un immense empire colonial qui craque de toutes parts. La Grande Bretagne, les Pays Bas ont vite compris et liquident leurs empires aux moindres frais. La France ne veut rien entendre. Elle pense pouvoir tout garder en créant une France d’Outre Mer, une Union Française (ce sont les noms successifs), une entité où une autonomie interne donnée aux pays permettrait à la Métropole de garder le pouvoir. Bien sûr les élites des pays concernés ne veulent pas de ce deal. Ils sont soutenus par l’URSS (première Puissance coloniale du 20e siècle) qui veut ruiner le capitalisme mais aussi par les USA, qui veulent prendre la place des Français. La première colonie à sauter est l’Indochine (la France gouvernait le Vietnam, le Cambodge et le Laos). Les communistes du Viet Minh attaquent depuis le nord, soutenus par les Chinois. Le commandement militaire Français particulièrement imbécile s’enferme dans une pace forte qui est une cuvette ! C’est la défaite de Dien Bien Phu. Les Américains qui jusque là ont peu bougé viennent au secours des Français, en fait pour prendre leur place. Un des rares hommes d’Etat français dignes de ce nom, Pierre Mendes France, lors d’un court passage à Matignon, signe les accords de Genève et les Français quittent l’Indochine sans gloire, mais la guerre est finie pour nous. On est en 1954. Pour les Américains, cela va durer encore 10 ans et ils devront partir vaincus. L’étape suivante est le Maghreb. Dès la fin de l’Indochine les Tunisiens et les Algériens se révoltent. Mendes France, encore au pouvoir, et son successeur Edgar Faure parviennent à signer des accords d’indépendance avec la Tunisie et le Maroc. Les colons français devront partir. Ils ne sont pas trop nombreux. Reste l’Algérie ? C’est une autre histoire. A l’inverse des colonies précédentes, c’est une terre de peuplement. Sur les 10 Millions d’habitants il y a 1 Million de Français. Certains sont là depuis 3 ou 4 générations. Ils ont une influence importante dans le reste du pays. Les hexagonaux, eux, ne comprennent pas bien. Aux grandes vacances de 1955, nous sommes en camp scout à Villars de Lans, dans le Vercors. Le bulgare que je suis sait bien, par l’histoire de son pays récemment échappé du joug turc, que quand un peuple veut son indépendance, rien ne l’arrête. J’explique prudemment cette opinion à mon interlocuteur et chef de troupe Michel Rocard. Il me répond « l’Algérie c’est différent, ce sont trois départements Français ». Il changera très rapidement d’opinion. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, François Mitterrand, est un ferme partisan de la répression, il signe à tour de bras des ordres d’exécution des rebelles. La guerre civile s’installe. On envoie le contingent, ce qui touche les familles. Le service militaire (aujourd’hui disparu par bonheur) dure jusqu’à 32 mois. Il y a des morts. Le premier ministre de l’époque, le socialiste Guy Mollet hésite à faire une ouverture aux rebelles. Il est conspué et bombardé de tomates par les algérois. Les français d’Algérie, pour la plupart de petites gens, sont en majorité des électeurs socialistes. La situation s’enlise. Une minorité de Français, très à gauche soutiennent la rébellion. Ce sont les « porteurs de valises » (les valises contiennent essentiellement des tracts, rarement des armes). Je me souviens d’avoir été contacté par l’un d’eux pour rejoindre le groupe. On peut être pour l’indépendance de l’Algérie, mais de là à conspirer contre son pays ! La gauche est divisée, la droite est unanime contre l’indépendance, à l’exception que quelques intellectuels comme François Mauriac et surtout Raymond Aron. Ce denier est isolé : homme intelligent et intègre, honni par toute la gauche, Sartre en tête et rejeté par la droite. L’évolution de la situation est dissociée. Militairement la guerre est gagnée, mais politiquement aucun accord n’est possible. Forts de leur victoire militaire, les algérois, soutenus par le commandant en chef de l’armée d’Algérie, le Général Raoul Salan, profitent d’une nième crise ministérielle à Paris pour faire un coup d’Etat en Algérie. Ils menacent de prolonger leur action dans la métropole. Vite, on appelle le Général de Gaulle. Le dernier Premier Ministre de la 4e République, Pierre Pflimlin dit « petite prune » ne sera jamais investi. Un vrai coup d’état. C’est la fin d’une République.

Mais me direz vous, la 4e République, ce devait être la misère ! Mais non, l’économie va très bien. Les ministres étant inexistants, à de rares exceptions près, ce sont les hauts fonctionnaires qui gouvernent. Et ils sont d’autant plus inamovibles que les ministres valsent. La France est très en retard dans tous les domaines. Justement, on peut la refaire à neuf. La reconstruction est dirigée par le Plan, un organisme aujourd’hui disparu peuplé de technocrates généralement polytechniciens, qui régit tout. A quelques rares exceptions près (le téléphone), le pays est rénové, les succès sont partout. C’est le plein emploi, le niveau de vie s’accroit. Les communistes dont le catéchisme marxiste prévoit l’appauvrissement absolu de la classe ouvrière ne savent que dire. Il faut préciser également que les Américains ont donné un sacré coup de main avec le plan Marshall : des milliards de dollars donnés, sans retour. Et un autre moteur sacrément efficace : l’inflation. Le livret de la Caisse d’Epargne donne 2 ou 3% d’intérêt. L’inflation va de 5 à 10% par an. Vous empruntez pour investir ? Après quelques années vous remboursez des cacahuètes. Tout le monde travaille, se démène, achète. Plus tard, un économiste, Jean Fourastié, nommera cette période Les Trente Glorieuses. Mais les acteurs de la pièce ne le savent pas. En bons Français ils, râlent, pestent et maudissent.

Le Général de Gaulle

C’est un personnage baroque. De culture de droite, lecteur avant guerre des l’Action Française (mouvement anachronique, nationaliste, monarchiste et antisémite). Il a horreur des partis politiques. Mais il est amoureux de la France, sinon des Français. Et à sa façon démocrate. Dans la classification du politologue René Rémond, il incarne la droite Bonapartiste, mais avec une rigueur et une probité inouïes. Un seul exemple : quand il invite à dîner à l’Elysée des gens hors du protocole officiel, c’est lui qui paie le dîner de sa poche. Il fait faire une nouvelle Constitution par Michel Debré. C’est un régime présidentiel fort assorti du scrutin majoritaire à deux tours qui permet des majorités stables.

De Gaulle est un Homme d’Etat, espèce aujourd’hui disparue. La politique planétaire le passionne. Il se détache de du Commandement Militaire Américain tout en restant fidèle l’Alliance Atlantique dans les occasions importantes. Il met partout le grain de sel et même de piment de la France, ce qui en agasse beaucoup. Il crée ou développe de grandes activités industrielles : l’atome, les fusées et satellites, Airbus. La création d’une industrie informatique échoue. Les Américains font tout ce qu’ils peuvent pour ruiner ces actions, aidés an France par un lobby pro-américain financé par les USA. Honte soit à la mémoire de Jean Lecanuet et de Jean-Jacques Servan Schreiber et quelques autres. Ils feront tout pour saboter cette politique, sans succès. Pour la politique intérieure, il délègue, pas toujours avec bonheur. Au début en 1958 il fait appel à deux bons experts Louis Armand et Jacques Rueff (la fille de ce dernier est une amie). L’économie est redressée en deux tours, trois mouvements. On crée le Nouveau Franc (1 nouveau franc=100 anciens). Même le coût de la Guerre d’Algérie n’obère pas gravement le budget. Pour la basse politique intérieure, c’est moins bien. L’autorité de l’Etat est abusive. Le Ministre de l’information possède sur son bureau une sonnette pour appeler le directeur de la Radio-Télévision (il n’y a pas des stations indépendantes en dehors d’Europe et RTL qui sont surveillées) ; il ne s’en prive pas. L’information est biaisée. C’est la fête des affairistes qui trafiquent à qui mieux. L’immobilier est le plus juteux. On reconnaît l’architecture de l’époque à sa laideur de béton mal fini. Cela pèsera pour le déclenchement de Mai 68.

L’Algérie est la grande affaire du Général. A son arrivée, il s’est rendu à Alger pour dire à la foule « Je vous ai compris ». Ce qui ne veut pas dire je ferai ce que vous voulez. En 4 ans, après des efforts infructueux pour trouver une solution française, il donne l’Indépendance à l’Algérie. Les « Pieds Noirs » se sentent trahis, organisent une OAS (Organisation de l’Armée secrète), font des attentas, essaient sans succès d’assassiner de Gaulle. Le traumatisme est très grand. Tous les pieds noirs viennent en France et s’installent plutôt au Sud où ils formeront les premiers électeurs du Front National. Les fonctionnaires sont tous recasés. Les autres ont un peu de mal, mais la conjointure économique faste permettra une insertion correcte à tous…sauf aux malheureux harkis, les algériens qui avaient soutenu la France. Encore maintenant (2016) ceux qui vivent sont maltraités et certains de leurs petits enfants sont partis au Djihad. Quant à l’Algérie on lui livre, clefs en main, un pays en excellent état : agriculture, routes, chemins de fer, hôpitaux. Et même le pétrole qui vient d’être mis en exploitation. Ils en feront un gâchis épouvantable.

La fin de l’époque De Gaulle est moins réussie. L’économie va bien, mais le régime est pesant. J’ai décrit ailleurs Mai 1968.

 

De Mai à Mai (1968-1981)

Après avoir surmonté Mai 68, le Général fort d’une chambre des députés toue de droite,« Bleu Horizon », essaie de se rénover et échoue sur un référendum constitutionnel (le Français votent contre presque toujours) et se retire de la vie politique. Il mourra 2 ans plus tard. Vers la sortie l’ont poussé les « jeunes » : Pompidou et Giscard. La présidence de Pompidou est écourtée par sa maladie et sa mort (je la raconterai ailleurs). Il tente une ouverture politique avec Jacques Chaban-Delmas, qui veut créer une « Nouvelle Société » en écho à 1968. Patatras ! La droite des Gaullistes le fait partir. Son successeur Mesmer est un fidèle exécutant. La mort de Pompidou en Avril 1974 prend de court les politiques. Aux présidentielles le successeur légitime, Chaban-Delmas, sera battu au Premier Tour par Giscard d’Estaing (il est bien Giscard, mais d’Estaing est un emprunt illégitime !) grâce à la trahison d’un autre Gaulliste : Chirac. La trahison accompagnera cet homme au long de sa carrière, comme auteur puis comme victime.

Giscard

Giscard d’Estaing commence bien mais finit mal. Au début il fait preuve d’une intelligence lumineuse : droit de vote à 18 ans, IVG (Madame Simone Veil), contraception etc. A la fin il s’isole dans son palais avec des conseillers ineptes (pensez : un de ses experts, le dénommé Serisé estime que le mal, l’inflation, est dû aux investissements excessifs et crée un impôt sur l’investissement, la « serisette » pour taxer ce vice !). Giscard étouffe de son infatuation. Le Canard Enchaîné le nomme fort à propos « Sa Suffisance ». Sa politique étrangère est faiblarde.

Mitterrand

Mitterrand gagne de peu, grâce en partie à la trahison de Chirac qui fait voter Mitterrand pour faire battre Giscard (Chirac est à ce moment « drivé » par une mégère abominable, Marie France Garaud). Les deux septennats du socialiste sont longs et riches, je n’en ferai pas la chronique. Première peur : des ministres communistes au pouvoir. Le soir de la victoire, le 10 Mai place de la Bastille on voit à la télé le communiste Juquin dire à Jean Pierre Cot « Si nous savons être unis, nous serons au pouvoir pour toujours ». Froid dans le dos. En fait pour les communistes ce sera la dernière valse. Ils passeront de 20 à 5% entre 1981 et 1995.

Sur le plan économique ce sera la catastrophe : nationalisations (qui n’enrichiront que les nationalisés), dénationalisations, dévaluations, affaires de corruption. La France est encore assez riche pour payer. Mais la désindustrialisation est en cours. Un tissu de lois sociales va prendre comme dans un filet l’économie française.

La politique étrangère de Mitterrand est bonne. Il résiste aux gauchistes et aux pacifistes payés par l’URSS dans l’affaire des fusées. Les russes avaient installé des fusées nucléaires à moyenne portée (500 à 1 000Km) en Allemagne de l’Est et en Tchécoslovaquie. Les alliés occidentaux veulent faire la même chose dans l’autre sens. Les pacifistes occidentaux sont contre, avec le slogan : « Mieux vaut être rouge que mort ! ». Mitterrand répond : « Les fusées sont à l’Est, les pacifistes sont à l’Ouest » et les fusées sont installées. Les 14 ans des deux septennats de Mitterrand son coupées de deux cohabitations de 2 ans chacune où la droite détricote l’œuvre socialiste.

Chirac

En 1995, Mitterrand quitte l’Elysée mourant. La succession est ardue. Tout le monde attend Chirac. Son fidèle second Balladur le trahit et se présente au vu de sondages favorables. En réalité Balladur est un bon ministre, mais un mauvais candidat. Au premier tour de la Présidentielle il sera dépassé par Chirac, lequel battra facilement Jospin.

Le premier mandat de Chirac sera une catastrophe. Le premier Ministre Juppé met en œuvre des réformes sociales utiles. Mais la méthode est brutale, le pays se soulève en en immense mouvement de grève. On renonce aux réformes. Juppé, comme jadis Turgot, est renvoyé. Une idée stupide : sur les conseils de Villepin, Chirac dissout le Parlement croyant améliorer sa majorité. Les socialistes gagnent les élections et ce sera une nouvelle cohabitation de 5 ans, avec Jospin comme Premier Ministre. En 5 ans on embauchera 1 500 000 fonctionnaires de plus et on va instituer la semaine de 35h et rajouter de nouvelles lois sociales.

En 2002 l’élection présidentielle se présente mal pour Chirac : il n’a rien fait pendant 5 ans. Par miracle, Jospin, le favori est éliminé au premier tour de scrutin par la conjonction de candidatures hostiles de gauche (Chevènement et Taubira) ainsi que par la poussée du Front National. Ce dernier avait été mis en selle en 1986 par Mitterrand pour faire pièce aux gaullistes. Au second tour Chirac est élu contre Jean Marie Le Pen par 80% de voix.

Le second mandat de Chirac (5 ans seulement) est une grande déception. Le Président a peur des réformes comme de la peste. Du reste une tentative d’introduire un contrat de travail allégé pour les jeunes est stoppée par les grèves. C’était l’idée du premier ministre Villepin, un homme de cour. Immobilité totale.

Pour la politique étrangère c’est mieux. Chirac évite de participer à l’intervention en Irak. A la fin du mandat, Sarkozy prend d’assaut le parti gaulliste et se fait désigner comme candidat par les siens. Il battra facilement une candidate socialiste médiocre : Ségolène Royal.