Religions

La Bulgarie est un pays chrétien. La religion a préservé l’identité bulgare au long des siècles de domination turque. Dans le pays, l’orthodoxie est pratiquement une religion d’Etat. C’est elle qui tenait les registres de l’état civil : baptêmes mariages, décès. Pour établir ma filiation bulgare lors de ma reprise de nationalité, j’ai du payer un coup à boire au pope de l’Eglise Sv. Sedmotchislenitsi, pour retrouver mon nom sur les registres de baptême de mai 1937. Depuis, bien sur, on a crée un Etat Civil. Mais revenons à la religion. Elle est respectée et sa présence demeure indispensable : baptême, mariage, enterrement, Noël, Pâques, Fête des Morts, mais aussi inauguration de bâtiments, cérémonies patriotiques. Mais la foi est faible, aucun mysticisme. L’assistance aux offices est au choix de chacun. On entre, on écoute un peu de liturgie, on prie, on se signe, on part. Comme partout, il y a de vielles mamies pieuses qui se prosternent à n’en plus finir. Il a été d’autant plus facile au communisme de déchristianiser, que les connaissances théologiques de la population sont nulles, que le clergé n’enseigne pas aux enfants, que les popes sont fragiles et corruptibles. Le régime communiste a tout au long de son règne oscillé entre l’extermination pure et simple (nombre d’ecclésiastiques ont été tués au début) et l’annexion. C’est cette dernière doctrine qui a finalement prévalu. La technique est simple. Au sommet de l’Eglise on nomme des prélats compétents, mais qui sont des agents communistes, « tenus » pour des motifs divers. Mais leur fidélité est absolue, ils sont gérés pas la police secrète. A la base, des popes imbéciles, ignorants, que l’on salarie. Pas de risque de séduire des fidèles, tant ils sont médiocres. Au besoin, ils rapportent. Qui va à l’église ? La population sait tout cela. Elle ne met les pieds dans la maison de Dieu les jours de fête où la surveillance est débordée. Ou bien elle va faire baptiser les enfants dans des monastères éloignés où la personne ne vous connaît. Pour plus de prudence, laisse l’enfant sous la garde de grands parents retraités. On peut perdre son emploi pour cause de fréquentation religieuse, pas sa retraite. A la fin du communisme, on a assisté à des adhésions religieuses par opposition au régime plus que par piété réelle. Après la chute des camarades, la ferveur religieuse de la population a retrouvé son régime de croisière. Quant à l’Eglise elle a du mal à régler ses comptes. Le patriarche actuel, Maxime, avait grade de colonel dans la police. Personne n’a réussi à le chasser. Il s’est crée une Eglise schismatique qui voulait chasser l’officielle pour des raisons politiques, mais ses chefs se sont révélés aussi compromis que les autres. On attend maintenant la mort des protagonistes ; mais ils bénéficient d’une longévité réellement démesurée. Les Eglises orthodoxes sont nationales et autocéphales. Ils n’ont pas comme les catholiques une hiérarchie étrangère sérieuse pour les surveiller et les protéger. Dans les pays catholiques comme ma Pologne, la Hongrie et la Tchécoslovaquie l’Eglise a résisté, soutenue par le Vatican. Les tentatives communistes de créer des groupes catholiques procommunistes ont fait long feu. Les églises protestantes de l’Est on en revanche pu être noyautées par ci par là, mais jamais dans les mêmes proportions que les orthodoxes.

 

Mon parcours religieux.

Que faire quand on est orthodoxe et que l’on débarque à Paris ? Mes parents ne sont pas très religieux, mais pas non plus athées ni anticléricaux. L’Eglise orthodoxe, c’est bien joli pour les fêtes et les offices, mais il n’y a pratiquement pas d’éducation religieuse. Et quand on émigre, mieux vaut adopter le christianisme du pays. Aller chez les catholiques aurait impliqué que mes parents se convertissent, se marient, que l’on me rebaptise : c’était trop. Les protestants sont plus cool : ils admettent que vous étés chrétien. J’ai fait partie de la communauté du temple du Luxembourg, rue Madame, dans le 6°. Je dois beaucoup aux protestants. Une éducation religieuse complète et rigoureuse. On lit toute la bible, on en discute avec un pasteur qui vous consacre des heures de temps. Des offices où l’on prêche des choses intelligentes. Une exigence de rigueur morale supérieure à celle du catholicisme latin (où le laxisme est davantage du au caractère latin qu’au catholicisme lui même). Enfin, on partage la vie de la communauté protestante française, très particulière par les séquelles des persécutions, les liens avec les pays protestants, l’élitisme intellectuel. En France il n’y a guère de prolétariat protestant. Les seuls pauvres protestants pouvaient être des paysans. La plupart sont des bourgeois moyens, actifs et plutôt intelligents : avocats, médecins, enseignants, fonctionnaires. Tout en haut, il y a la HSP, la haute société protestante (banque et industrie) que je ne connaîtrai pas. Le choix du protestantisme enchante nos amis Bernard qui sont parpaillots, et voient vaguement en moi un gendre possible pour l’une de leurs 4 filles. On n’épouse ni sa sœur, ni sa cousine, et en général pas ses amies d’enfance ! Ce passage dans le protestantisme ne m’a laissé que de bons souvenirs : religion intelligente, qualité morale élevée, société sympathique. Plus tard, pour épouser Anne j’ai du aller chez les catholiques, sans retrouver le même niveau de valeurs. Le temple de la rue Madame fonctionne toujours, je revois beaucoup de mes compagnons de religion. Ils sont à leur tour devenus fonctionnaires, ingénieurs, membres des professions libérales. Quelques uns ont fait des études de théologie et ont versé dans li gauchisme et le tiers mondisme. Quand nos enfants ont été à l’age du catéchisme, ils sont allés chez les catholiques, comme je m’y étais engagé. Je n’ai pas le sentiment qu’ils aient appris grand chose au delà des bondieuseries banales. Bref, je regrette le protestantisme.