Le lecteur ne doit pas prendre en mauvaise part ce titre pastiche. J’écris ce texte pour éviter au lecteur de faire d’abondantes lectures documentaires (ce qu’il ne ferait probablement pas d’ailleurs).

La Bulgarie est un rectangle qui mesure 500km est-Ouest et 350 du nord au sud. Montagneux aux 3/5, dans une zone volcanique. La Mer Noire à l’Est, la Serbie et la Macédoine à l’Ouest, la Grèce et la Turquie au Sud et au Sud-Est. Au Nord, le majestueux Danube la sépare de la Roumanie. Le pays est logé au carrefour entre l’Europe et L’Asie, l’Europe centrale et la Méditerranée. Quand on creuse le sol, où que l’on soit on déterre des vestiges, surtout des pièces de monnaie de dix ou quinze civilisations qui on foulé cette terre, l’ont conquise, l’ont brulée, on massacré ses habitants, sans jamais pouvoir y rester plus de quelques siècles.

Je n’ai ni l’ambition ni la compétence d’une histoire exhaustive, je vous raconte les faits les plus saillants.

Je ne sais rien de la préhistoire. Rassurez vous, il y a des grottes et des vestiges, comme partout. Les plus anciens occupants connus sont les derniers à avoir été identifiés : les Thraces. Comme ils ne possédaient pas d’écriture, on les connaît mal. Ils occupaient le terrain à l’époque de la Grèce classique (10e au 3e siècle avant JC. On possède des descriptions des auteurs grecs : populations d’éleveurs « primitifs », guerriers. Depuis 50 ans on a découvert une multitude de tombeaux renfermant des objets d’orfèvrerie d’une grande beauté. Parmi eux un ami connu : Orphée. Il aurait exercé dans les Rhodopes, massif montagneux qui sépare la Bulgarie de la Grèce. Plusieurs localités le réclament comme citoyen, bien entendu sans preuve, car c’est un personnage de légende. De ces Thraces a peut-être subsisté une minuscule peuplade, les Karakatchani, des éleveurs illettrés, dotés d’une langue étrange et produisant des objets et des tissus originaux. Au nombre de 300 000 environ, leur tribu fut anéantie par le régime communiste dans les années 50 : leurs bêtes furent confisquées et leur langue interdite. Ainsi fait le socialisme.

Mais revenons à l’Antiquité. Le pays est dominé par la Macédoine de Philippe et d’Alexandre, puis incorporé à l’Empire Romain. Les vestiges romains sont innombrables : murs, forteresses, thermes (il existe des milliers de sources thermales), fragments de voies. Les Romains dominent, mais ne peuplent pas. (Les Roumains ont adopté une langue latine, sans être ethniquement des italiens.) La péninsule Balkanique se remplit de Slaves, peuples mal connus et peu étudiés faute eux aussi d’avoir su écrire. En Europe les Slaves ont essaimé jusqu’à l’actuel Danemark, comme en témoigne la toponymie de certaines villes allemandes. De ces Slaves on sait très peu de choses. Leurs langues on essaimé dans tout l’est de l’Europe. La fin de l’Empire Romain est marquée par les invasions dites barbares. Ostrogoths, Wisigoths, Huns, Francs Bulgares, Avares, déferlent. Les Bulgares, une minuscule peuplade nomade sous la conduite de leur chef, le Khan Asparouh partent à la moitié du VII siècle des bords du Dniepr pour venir dominer les placides Slaves de la péninsule balkanique à la manière dont les Francs sont venus se greffer sur les Gaulois. Comme ils n’’écrivaient pas plus que les slaves (et les gaulois), on sait très peu de choses sur la manière dont les mélanges se sont effectués. Immédiatement c’est la guerre avec Byzance qui durera jusqu’à l’installation de l’Empire Ottoman au XIVe siècle. L’histoire de ces sept siècles est une longue suite de guerres entre Byzantins, Bulgares, serbes. La carte de la région est un accordéon. Tantôt la Bulgarie va de l’Adriatique à la Mer Noire, tantôt elle disparaît. Tout dépend de la qualité des souverains et du sort des batailles. Les Bulgares mettent plusieurs fois le siège devant Constantinople (Istanbul) sans jamais prendre la ville. La cruauté est extrême. On arrache la langue, on crève les yeux, on brûle vivant sur un fond de religiosité profonde.

Un événement majeur Survient au IXe siècle : l’intervention des frères Cyrille et Méthode. Deux grecs qui évangélisent les slaves et inventent à cet effet un alphabet, dérivé du grec : l’alphabet cyrillique. Les deux frères sont canonisés et leur tombeau est à Rome (à cette époque le schisme n’est pas intervenu, il n’y a qu’une seule église chrétienne). Leur fête est le 24 Mai : en Bulgarie c’est la fête de la culture, de l’instruction, du savoir. Le cyrillique va s’enraciner en Bulgarie, en Serbie, en Ukraine, en Russie, mais les russes seront évangélisés et gagnés à l’alphabet beaucoup plus tard, ce qui les agace. La langue slave unique à l’origine est le Slavon, qui demeure la langue de l’Eglise Orthodoxe. C’est historiquement le vieux Bulgare, chose qui ne plait pas aux autres nations slaves. Le chauvinisme est la maladie la plus répandue à l’Est de l’Europe. Le nombre élevé de vicissitudes historiques permet à chaque nation de revendiquer au nom de la période qui a été faste pour elle.

Revenons à la Bulgarie. L’histoire médiévale du pays est découpée en plusieurs périodes dites « Royaumes », à la manière des « Républiques » en France. Entre les « Royaumes », le pays disparaît, conquis par les byzantins. De ces périodes il reste quelques monuments, églises ou fragments de forteresses de style Byzantin. Le monument le plus représentatif est sans doute l’Eglise de Boyana proche de Sofia, un joyau du 13e siècle dont les fresques sont du niveau de la peinture italienne de la même époque. De nombreux monastères ont aussi survécu, modifiés au fil du temps. La décadence de l’empire bulgare se situe à la fin du XIVe siècle : mauvais rois, conquête du territoire par la Serbie.

Mais toutes ces dissensions ne sont rien en regard de la menace ottomane (ne pas confondre ottomans et turcs). C’est une nation guerrière qui surpasse toutes les autres. En 1396 tombe Nikopol, la dernière place forte bulgare. La Bulgarie disparaît pour 5 siècles.

L’empire Byzantin vivra un demi siècle de plus, grâce à Tamerlan qui écrase les ottomans en 1402 et tue le sultan Bayazid (francisé en Bajazet !). Il faudra attendre 1453 pour que les ottomans prennent par surprise Constantinople.

Les 5 siècles qui suivent sont une période sombre. La noblesse Bulgare disparaît, exterminée ou convertie. Le peuple n’est ni converti de force ni assimilé. La Sublime Porte respecte la diversité des religions. De plus les non musulmans paient un impôt spécial qui arrange bien l’empire. Il y a d’autres prélèvements : on enlève des garçons adolescents pour en faire des Janissaires et des filles pour peupler les harems (dans les vieilles maisons bulgares il y a des cachettes spéciales où l’on cachait les enfants en cas de perquisition ottomane). Bien sûr, en cas de révolte, on brûle, on empale, on pend. La hauteur des églises ne doit pas dépasser celle des mosquées. La nation bulgare est sauvée par l’Eglise. Dans les quelques monastères disséminés dans le pays, comme au mont Athos, il y a des moines bulgares qui tiennent chronique et transmettent le souvenir. Sur le plan économique, le pays survit plutôt bien : agriculture et élevage se développent à l’abri des guerres. Il y a une paix ottomane.

Vient la Renaissance. Au milieu du 18e siècle un moine, Païssi du couvent de Hilendar au mont Athos publie une histoire de la Bulgarie, assortie d’un exorde, rappelant aux bulgares qu’ils ont été une grande nation. C’est le début d’un long réveil qui aboutira un siècle plus tard. Les choses ne vont pas vite. Des notables bulgares créent des écoles. Quelques hommes voyagent à l’étranger. A la moitié du 19e siècles apparaissent des révolutionnaires qui parcourent le pays en prêchant la révolte. Le plus célèbre d’entre eux est Vassil Levski qui sera pendu par les turcs avant l’indépendance. Certains révolutionnaires sont teintés de socialisme, ce qui indispose les possédants. La plupart des activistes résident à Bucarest en Roumanie (la Roumanie a échappé à la domination ottomane en payant tribut). La capitale roumaine fourmille de révoltés et d’agents turcs.

L’explosion viendra en 1876. L’acte initial se situe à Koprivtitza, une petite ville nichée dans la montagne. On assassine un policier turc et c’est le début de la révolte. La ville de Koprivtitza ne sera pas détruite par les turcs, car les riches citoyens ont payé une énorme somme ! Mais dans le reste du pays, c’est le massacre. La Sublime Porte recourt à des troupes irrégulières qui ont laissé un nom : les Bachibouzouks. On massacre, on viole, on brûle (les villes sont en bois)